Il y a des endroits que l’on visite et d’autres que l’on ressent. Le Pays basque fait partie de ces territoires qui semblent avoir toujours attiré les artistes. Écrivains, peintres, musiciens, photographes, cinéastes et artistes contemporains y ont trouvé une matière presque inépuisable : l’océan, les montagnes, les villages, les ports, la lumière, les traditions, les habitants et cette identité culturelle si particulière.
Certains sont nés ici, d’autres sont venus y vivre, certains y ont passé quelques semaines ou quelques années, tandis que d’autres y reviennent régulièrement. Tous n’ont donc pas le même rapport au territoire, et c’est justement ce qui rend leurs histoires intéressantes. Le Pays basque n’a pas inspiré une seule forme d’art ni une seule vision : chacun en a retenu quelque chose de différent.
Après plus de vingt ans à vivre et travailler à Bidart, j’aime particulièrement retrouver ces traces. Parfois elles sont très connues, comme la maison de Luis Mariano à Arcangues ou la maison de Pierre Loti à Hendaye. D’autres sont beaucoup plus discrètes. Et certaines appartiennent encore à des artistes qui créent aujourd’hui.
Luis Mariano, le chanteur qui avait choisi Arcangues
Difficile de commencer autrement qu’avec Luis Mariano. Né à Irun en 1914, au Pays basque espagnol, le célèbre ténor et chanteur d’opérettes est devenu une véritable figure d’Arcangues.
La commune conserve d’ailleurs de nombreux témoignages de son passage. Luis Mariano avait une maison à Arcangues et repose aujourd’hui dans le cimetière du village. Les itinéraires pédestres proposés par la mairie passent notamment par sa tombe et par le quartier où se trouvait sa maison. La commune rappelle également qu’il fut une figure majeure de l’opérette et du cinéma.
Ce qui me plaît dans cette histoire, c’est que Luis Mariano n’a pas seulement été un artiste de passage. Arcangues faisait véritablement partie de sa vie. Aujourd’hui encore, son nom reste très présent dans le village. Les Nuits d’Arcangues continuent d’ailleurs à lui rendre hommage : en 2026, une revue consacrée à Luis Mariano et Francis Lopez a été programmée au Théâtre de la Nature.
Lorsque l’on se promène dans le village, il est donc assez facile d’imaginer pourquoi cet endroit avait séduit le chanteur : le calme, les paysages, la proximité de Biarritz et surtout cette atmosphère de village qui a conservé une véritable personnalité.
Anne Etchegoyen, une voix actuelle profondément basque
Plus contemporaine, Anne Etchegoyen représente une autre façon de faire vivre le Pays basque par l’art.
Née à Saint-Palais, elle s’est fait connaître par son travail autour du chant basque et par une musique qui mêle notamment le français et l’euskara. L’Institut culturel basque la classe parmi les artistes de la chanson traditionnelle et actuelle et l’intègre à son répertoire consacré aux acteurs de la culture basque.
Ce que je trouve particulièrement intéressant chez Anne Etchegoyen, c’est que son travail ne consiste pas simplement à reprendre des chansons traditionnelles. Elle participe à faire vivre une culture, une langue et un patrimoine musical tout en les faisant connaître à un public beaucoup plus large.
Elle représente donc parfaitement cette nouvelle génération d’artistes qui ne se contente pas de regarder le Pays basque comme un héritage du passé. Elle contribue à le faire vivre aujourd’hui.
Pierre Loti : Hendaye comme refuge et source d’inspiration
Parmi les écrivains amoureux du Pays basque, Pierre Loti occupe une place à part.
De son vrai nom Julien Viaud, l’écrivain et officier de marine a vécu de nombreuses années à Hendaye. La ville indique qu’il y a vécu pendant 32 ans et qu’il était profondément attaché au Pays basque. Il y occupait la maison qu’il avait baptisée Bakaretxea, où il mourut en 1923.
Son roman Ramuntcho, publié en 1897, est directement lié à cet univers. Le Pays basque y devient bien plus qu’un décor : ses paysages, ses traditions et sa société participent pleinement à l’atmosphère du récit.
Aujourd’hui encore, Hendaye entretient cette mémoire. Des manifestations consacrées à Pierre Loti sont organisées autour des lieux qu’il fréquentait et de son œuvre. En 2026, les « Lectures flottantes » proposées sur la Bidassoa permettent ainsi de découvrir les lieux associés à l’écrivain à travers des extraits de ses textes.
Quand on se trouve à Hendaye et que l’on regarde la Bidassoa, les montagnes et la baie, on comprend assez facilement ce qui a pu retenir ici cet écrivain grand voyageur.
Francis Jammes : la poésie de la nature à Hasparren
Un autre écrivain me semble incontournable : Francis Jammes.
Poète, romancier et dramaturge, il a passé une grande partie de son existence dans le Béarn et au Pays basque, territoires qui ont nourri son inspiration. En 1921, il s’installe à Eihartzea, à Hasparren, où il vivra jusqu’à sa mort en 1938. La commune lui consacre aujourd’hui un parcours poétique.
Son œuvre est particulièrement attachante parce qu’elle accorde une grande place à la nature, aux animaux, aux plantes et aux choses simples. Il n’a pas besoin de paysages spectaculaires pour trouver l’inspiration : le quotidien lui-même devient poésie.
À Hasparren, le parcours consacré à Francis Jammes permet encore aujourd’hui de retrouver cette atmosphère et de découvrir des extraits de son œuvre dans le parc de la maison où il vécut.
C’est une découverte que je conseillerais à ceux qui aiment le Pays basque autrement, loin des grands sites touristiques.
Ramiro Arrue : le peintre qui a construit une mémoire visuelle du Pays basque
S’il existe un artiste dont les œuvres sont immédiatement associées à l’image traditionnelle du Pays basque, c’est bien Ramiro Arrue.
Né à Bilbao en 1892, il se forme à Paris avant d’installer son atelier à Ciboure en 1917, face à Saint-Jean-de-Luz. Il participera notamment à la création du Musée Basque de Bayonne et consacrera une grande partie de son œuvre aux paysages et à la vie basques.
Pelotaris, pêcheurs, danseurs, paysans, femmes en costume, villages et montagnes apparaissent régulièrement dans ses œuvres. Il illustre également Le Mariage basque de Francis Jammes et Ramuntcho de Pierre Loti.
Arrue expliquait lui-même son attachement au Pays basque par l’affection qu’il portait à sa nature, à sa vie, à ses mœurs, à sa musique et à ses habitants. Son œuvre est donc particulièrement intéressante pour comprendre comment un artiste peut finir par faire d’un territoire le cœur même de son univers artistique.
Pablo Tillac : raconter les Basques et leur quotidien
Autre peintre particulièrement intéressant : Pablo Tillac.
Né à Angoulême en 1880, il s’installe durablement au Pays basque et établit son atelier à Cambo-les-Bains. Peintre, dessinateur, graveur, sculpteur et illustrateur, il s’intéresse particulièrement aux habitants, aux costumes, aux métiers, aux fêtes et aux traditions.
Son travail possède aujourd’hui une valeur artistique mais aussi documentaire. À travers ses œuvres, on retrouve un Pays basque rural et populaire du début du XXe siècle, avec ses pelotaris, ses paysans, ses danseurs et ses scènes de la vie quotidienne.
J’aime particulièrement cette approche parce qu’elle nous rappelle que le Pays basque n’est pas seulement une collection de beaux paysages. Ce sont aussi des hommes et des femmes, des métiers, des gestes et des traditions qui ont évolué au fil des générations.
Biarritz, un véritable rendez-vous artistique
Si l’on change complètement d’ambiance et que l’on se dirige vers Biarritz, on découvre une autre histoire : celle d’une ville devenue, à certaines périodes, un véritable rendez-vous international pour les artistes et les personnalités du monde culturel.
La Ville de Biarritz recense parmi les personnalités artistiques ayant séjourné ou vécu dans la ville des noms aussi différents que Pablo Picasso, Charlie Chaplin, Colette, Igor Stravinsky, Arthur Rubinstein, Kees van Dongen, Joséphine Baker, Jean Cocteau, Orson Welles, Marlène Dietrich ou encore Frank Sinatra. Cette liste n’est d’ailleurs pas exhaustive.
La période des Années folles est particulièrement importante dans cette histoire. Biarritz devient alors une ville internationale où se croisent artistes, musiciens, écrivains, couturiers et vedettes du spectacle. La Ville continue aujourd’hui à raconter cette période au travers de visites consacrées à Biarritz festive et à l’Art déco, en évoquant notamment Coco Chanel, Jean Cocteau, Stravinsky et Charlie Chaplin.
Cela permet de comprendre pourquoi Biarritz possède cette image si particulière : la ville n’a pas seulement attiré des touristes, elle a également attiré un monde artistique et culturel international.
Picasso, Colette, Chaplin : des regards différents sur Biarritz
Parmi ces personnalités, Pablo Picasso est particulièrement intéressant. La documentation patrimoniale de la Ville de Biarritz mentionne son séjour en 1918.
Colette, elle aussi, fait partie des écrivains associés à Biarritz : la même documentation municipale mentionne son séjour de 1932.
Et puis il y a Charlie Chaplin, autre immense figure artistique dont le nom apparaît dans l’histoire de la ville.
Ces passages ne signifient évidemment pas que chacun de ces artistes a fait du Pays basque son lieu de résidence ou son principal sujet artistique. Il faut faire la différence entre un artiste qui s’installe durablement ici et une personnalité qui y séjourne.
Mais ces présences racontent quelque chose d’important : au début du XXe siècle, Biarritz était déjà suffisamment internationale pour attirer des personnalités venues d’univers artistiques très différents.
Maurice Ravel : un enfant de Ciboure devenu l’un des grands compositeurs français
Impossible également d’oublier Maurice Ravel.
Né à Ciboure en 1875, le compositeur reste profondément lié au Pays basque par ses origines familiales et ses souvenirs d’enfance. Son nom est aujourd’hui indissociable de Ciboure, où sa maison natale se trouve toujours sur les quais.
Ravel apporte une dimension supplémentaire à cette histoire : le Pays basque n’est pas seulement devenu un décor dans son œuvre, mais fait partie de son histoire personnelle.
Pour moi, c’est également une belle raison de prendre le temps de découvrir Ciboure autrement. On peut venir pour le port, les maisons et la vue sur Saint-Jean-de-Luz, mais repartir en ayant découvert le lieu de naissance d’un compositeur majeur du XXe siècle.
Jacques-Henri Lartigue : Biarritz dans l’objectif
Le Pays basque a également attiré les photographes.
Jacques-Henri Lartigue fréquente notamment Biarritz et photographie très tôt les scènes de plage, les loisirs, les baigneurs et la société élégante qui fréquente la station.
Son regard est précieux parce qu’il nous montre un Biarritz qui n’est évidemment plus tout à fait celui que nous connaissons aujourd’hui. Les vêtements, les attitudes et les modes ont changé, mais l’océan, les rochers et certaines perspectives sont toujours reconnaissables.
C’est l’un des plaisirs de regarder les anciennes photographies de la Côte basque : on reconnaît parfois immédiatement un paysage que l’on vient soi-même de photographier.
Hélène et Blanche Feillet : deux femmes artistes à Bayonne
Il serait dommage de consacrer un article aux artistes du Pays basque sans donner une place aux femmes.
Hélène et Blanche Feillet constituent à ce titre un duo particulièrement intéressant. Ces deux artistes ont travaillé à Bayonne au XIXe siècle et ont largement contribué à représenter le Pays basque par le dessin et la gravure.
Leur travail mérite d’être redécouvert parce qu’il offre un regard féminin sur un territoire alors en pleine transformation, à une époque où la représentation du Pays basque par les artistes se développe fortement.
Elles permettent également de rappeler que derrière les grands noms masculins souvent cités dans l’histoire artistique du territoire, des femmes ont elles aussi contribué à construire l’image du Pays basque.
Zigor : un artiste contemporain profondément lié au Pays basque
Et heureusement, cette histoire ne s’est pas arrêtée au siècle dernier.
Parmi les artistes contemporains que je trouve particulièrement intéressants, Zigor occupe une place à part.
Kepa Akixo, dit Zigor, est né en 1947 au Pays basque sud. Son parcours est étonnant : poète, photographe, sculpteur et peintre, il a d’abord travaillé comme reporter-photographe avant de se consacrer notamment à la sculpture. En 1983, il installe son atelier à Biarritz.
Son travail est profondément nourri par la nature, la lumière, la matière et le paysage basques. Ses photographies en noir et blanc donnent une vision très différente du territoire : plus dépouillée, plus contemplative, parfois presque abstraite.
Ses sculptures monumentales sont également présentes dans différents lieux du Pays basque. Son œuvre Urkulu, par exemple, est installée à Biarritz.
Ce que j’aime chez Zigor, c’est qu’il montre que le Pays basque peut encore aujourd’hui être une véritable matière artistique, et pas simplement un sujet folklorique.
Alain Gardinier : quand le Pays basque rencontre la photographie et la musique
Autre personnalité contemporaine intéressante : Alain Gardinier, né à Bayonne.
Journaliste, photographe, réalisateur et écrivain, il a travaillé dans des univers très différents, notamment la photographie animalière et musicale. Il a également photographié des artistes et réalisé des travaux pour la presse et l’industrie musicale avant de rejoindre Canal+.
Son parcours permet d’élargir encore la définition de l’artiste amoureux du Pays basque. Ici, il ne s’agit plus uniquement de peinture ou de littérature : photographie, musique, télévision, écriture et création se croisent.
Et son origine bayonnaise constitue un joli fil conducteur avec cette histoire artistique du territoire.
Pourquoi les artistes aiment-ils autant le Pays basque ?
Après avoir parcouru tous ces noms, une question revient forcément : qu’est-ce que ces artistes trouvent ici ?
Je pense que la première réponse est évidente : les paysages.
Le Pays basque offre quelque chose d’assez rare. La mer et la montagne sont extrêmement proches. On peut regarder l’océan depuis une falaise à Bidart, puis, quelques kilomètres plus loin, se retrouver au pied des montagnes. La lumière change rapidement, les paysages sont très différents selon les saisons et même un endroit que l’on connaît bien peut prendre un autre visage en quelques heures.
Mais il y a aussi la culture.
La langue basque, les chants, la pelote, les danses, les costumes, les fêtes, les maisons, les ports, les marchés et les traditions ont constitué une matière considérable pour les artistes.
Et puis il y a les habitants. Ramiro Arrue les a peints, Pierre Loti les a fait vivre dans ses romans, les photographes les ont immortalisés et les musiciens ont fait entendre leur langue.
C’est peut-être cette combinaison qui explique cette fascination : un territoire qui possède à la fois une nature spectaculaire et une identité culturelle particulièrement forte.
Des artistes d’hier, mais aussi une création bien vivante
Ce que je trouve le plus intéressant dans cette histoire, c’est de ne pas considérer le Pays basque comme un décor figé dans le passé.
Oui, Pierre Loti, Francis Jammes, Ramiro Arrue ou Luis Mariano appartiennent à l’histoire. Oui, Biarritz a accueilli Picasso, Colette, Chaplin, Stravinsky et tant d’autres.
Mais aujourd’hui encore, des artistes vivent, travaillent et créent ici.
Zigor possède son atelier à Biarritz. Anne Etchegoyen continue à faire vivre la chanson basque. D’autres peintres, photographes, sculpteurs, musiciens, écrivains et créateurs poursuivent à leur manière cette longue histoire.
C’est peut-être cela qui me plaît le plus : le Pays basque continue d’inspirer.
Sur les traces des artistes : quelques idées de visites
Si vous séjournez à Bidart, vous pouvez facilement transformer cet article en petit parcours culturel.
À Arcangues, partez sur les traces de Luis Mariano. La mairie propose notamment plusieurs boucles pédestres qui passent par sa tombe et par les lieux associés à sa mémoire.
À Hendaye, découvrez l’histoire de Pierre Loti et les paysages qui ont nourri Ramuntcho. La ville continue d’organiser des manifestations autour de l’écrivain.
À Hasparren, le parcours poétique Francis Jammes permet de découvrir le lieu où le poète vécut à partir de 1921.
À Ciboure, prenez le temps de découvrir la ville natale de Maurice Ravel et de poursuivre vers Saint-Jean-de-Luz.
À Biarritz, regardez la ville autrement en vous intéressant à son histoire artistique et cosmopolite. Les visites consacrées aux Années folles et à l’Art déco permettent notamment de retrouver les noms de Coco Chanel, Jean Cocteau, Stravinsky ou Charlie Chaplin.
Et si vous aimez l’art contemporain, regardez autour de vous : le travail de Zigor rappelle que cette histoire est loin d’être terminée.
Le Pays basque vu par les artistes
Finalement, ce qui me plaît dans toutes ces histoires, c’est que chaque artiste semble avoir découvert un Pays basque différent.
Luis Mariano y a trouvé un lieu de vie et d’attachement. Pierre Loti y a trouvé une source romanesque. Francis Jammes a regardé la nature et les choses simples. Ramiro Arrue a peint les habitants et les traditions. Lartigue a photographié la société élégante de Biarritz. Picasso, Colette, Chaplin ou Stravinsky ont participé à l’histoire cosmopolite de la station. Et des artistes comme Zigor ou Anne Etchegoyen continuent aujourd’hui à créer à partir de cette terre et de cette culture.
C’est peut-être pour cela que je ne me lasse pas de vivre ici.
Un paysage que l’on croit connaître peut toujours être regardé autrement.
Et lorsqu’un artiste pose son regard dessus, il nous permet parfois de redécouvrir ce que nous avions sous les yeux depuis toujours.
Le Pays basque n’est donc pas seulement une destination de vacances. C’est aussi une terre d’inspiration, une terre que des artistes ont aimée, représentée, chantée, photographiée et racontée pendant des générations.
Et l’histoire continue.
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